SapphoX

Texte de Sarah Jane Moloney

Mise en scène de Anna Lemonaki

Avec Christina AntonarakisWissam Arbache et Marie-Madeleine Pasquier

Vu au Poche/GVE le 6 février 2020

Les spectateurs impliqués sont des spectateurs concernés

SapphoX est un spectacle où les époques s’entremêlent sur l’île grecque de Lesbos. 1970 et le tourisme lesbien, 2020 et les camps de réfugiés puis 2070 où Sappho, poétesse de l’Antiquité, est séquestrée pour compléter son œuvre qui ne nous est pas parvenue dans son intégralité.

Impliquer les spectateurs, tel est manifestement le désir de Anna Lemonaki. Sa mise en scène se plaît à créer des liens entre comédiens et spectateurs à plusieurs reprises. Atthis vient s’assoir sur les fauteuils de la salle, elle s’adresse au public. Phaon nous tend des assiettes que Atthis reprend ensuite pour les casser. Sappho caresse ou embrasse les mains des spectateurs du premier rang. C’est une façon sympathique de nous impliquer sans qu’elle soit contraignante et excessive. Le public est proche des acteurs, il partage l’histoire, les événements et les émotions. C’est un bon moyen de montrer que la sort des immigrés et la cause des lesbiennes nous concernent tous.

Un texte qui joue avec la langue

C’est un spectacle qui met la langue à l’honneur. Les comédiens y parlent bien sûr principalement le français. Mais on entend quelques répliques ou paroles de chansons en anglais. Phaon parle aussi l’arabe, Atthis parle le grec. D’autres formes de langage sont utilisées. On y découvre aussi bien les poèmes de Sappho que le jargon de la jeunesse actuelle. Des effets de style sont également employés comme pour énumérer une série de synonymes du mot pénis. Encore un moyen d’évoquer l’universalité de la question des immigrés ou des lesbiennes.

Pas si petite que ça la scène du Poche

À priori, la scène du théâtre de Poche est petite. C’est vrai, mais utilisée intelligemment elle s’agrandit étonnamment ! Les sièges sont placés dans le sens de la longueur, ce qui donne un plateau de scène certes étroit mais long. Tout l’espace scénique et extra-scénique est exploité. De haut en bas : Sappho surgit de sous la scène emprisonnée dans un filet vert, Atthis se tient parfois sur un balcon dans le coin gauche, Phaon monte sur les balustrades qui surmontent la scène. De gauche à droite : arrivée de Phaon en dinosaure par l’entrée du public, entrées et sorties de Phaon et Atthis à l’autre extrémité, sortie de scène de Sappho par la porte de secours, table et chaise typiquement grecques dans un coin, le robinet d’eau dans l’autre et le grand filet vert gisant au centre. Pour finir tout le plateau est occupé par les comédiens et les accessoires, c’est le chaos. L’île de Lesbos a une superficie restreinte mais beaucoup de place pour remonter le temps, pour mixer passé, présent et avenir et pour accueillir héros antiques, lesbiennes, réfugiés, bénévoles et autres touristes.

Une pièce intense … à revoir

Finalement j’ai retenu un spectacle très riche, un texte dense et une mise en scène foisonnante. Je suis sortie du théâtre un peu perplexe, avec le sentiment que beaucoup d’informations m’avaient échappé et de n’avoir pas tout compris. Mais plus j’y réfléchis plus je trouve cette pièce intéressante et chargée de références étonnantes qui s’entremêlent habilement. Idéalement, j’aurais aimé la revoir pour absorber davantage, mieux comprendre et me souvenir.

Mon appréciation :
4/5

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